Partir à la conquête de l'Ouest américain à pied du Mexique au Canada, sur le PCT ça vous dit ?

C'est le défi incroyable que s'est lancé Julien Haass en 2019 en parcourant à pied en toute autonomie durant 5 mois le Pacific Crest Trail, en abrégé PCT (Chemin des crêtes du Pacifique en français).

Ce sentier de grande randonnée de l'Ouest des États-Unis, long de 4 240 km, part de la frontière mexicaine pour rejoindre la frontière canadienne.  Il traverse trois États américains (la Californie, l'Orégon et l'Etat de Washington) et des espaces naturels très variés allant du désert aux immenses forêts, en passant par les sommets enneigés de la Sierra Nevada et par de très beaux parcs nationaux comme Yosemite ou Crater Lake.... Il faut dire que le PCT fait partie des trois plus grands trails des Etats-Unis. Chaque année, environ 4 500 randonneurs tentent de le parcourir. On les appelle les "thru-hikers". Au final très peu arrivent à destination et il mettent en général entre 4 à 6 mois pour faire toutes les étapes. La plupart des thru-hikers partent de la frontière du Mexique pour terminer à la frontière du Canada. 

 

Julien Haass a décidé aussi de parcourir le PCT du Sud au Nord en le faisant en entier et uniquement à pied. C’est sa première aventure de ce genre, c'est son premier thru-hike, comme on dit là-bas (randonnée de longue distance en français). Passionné de nature depuis très longtemps, Julien avait une bonne expérience de la marche avant, mais jamais sur un itinéraire aussi long. C’est assez exceptionnel de pouvoir suivre une telle trace avec très peu de route et la possibilité dormir un peu partout dans la nature.

Carte de Julien Haass

Crédit photo : Julien Haass

Le meilleur moment pour parcourir le sentier du Sud au Nord, c'est la fin du mois d'avril pour terminer environ fin septembre, en évitant ainsi les fortes chaleurs estivales du Sud de la Californie et surtout le début de l'hiver dans le Nord-Ouest américain. Le problème c'est que dans ces montagnes la météo reste imprévisible et que l'on peut tomber comme pour Julien sur une année à neige. Son départ a été assez compliqué surtout dans la partie de la Californie centrale dans la Sierra. Compte tenu des conditions extrêmes et exceptionnelles pour un mois de juin, beaucoup de personnes ont préféré contourner les sommets, mais pas Julien. Il a décidé avec un petit groupe de randonneurs de s’y aventurer quand même, malgré les sentiers enneigés vierges sans aucune trace pour se repérer, avec de nombreuses rivières en crue. Il a décidé de se laisser porter par son intuition. Sans être un puriste, il ne voulait pas faire d’écart sur ce qu'il avait prévu dans son programme. Son objectif était de marcher du Mexique au Canada et son projet se limitait essentiellement à la marche. Il savait que s'il commençait à avancer autrement ou à supprimer des parties d'itinéraires ici ou là en cas de difficultés, il lui serait alors difficile de tenir par la suite lorsque son mental sera mis à rude épreuve.

Mais avant de pouvoir partir il a été confronté à quelques difficultés d'ordre administratif. Il faut d'abord rappeler que pour vivre 6 mois aux États-Unis, il faut un visa et pour dormir dans les parcs nationaux, il faut aussi obtenir un permis. Ces autorisations distillées au compte-gouttes sont délivrées par l’association du Pacific Crest Trail une fois par an, avec un tirage au sort en novembre et en janvier. Il faut ensuite trouver la bonne fenêtre météo au niveau des dates, le bon timing pour faire l’expédition pour éviter de ne pas avoir trop de neige à certains endroits et passages techniques. Lors du premier tirage au sort en novembre 2018, il était 3 300 ème sur la liste d’attente. Résultat, il n’a pas pu obtenir sa date de départ prévue initialement. En revanche, la chance a tourné lors de la session de janvier. Cette fois-ci, il a été tiré au sort à la 22 ème place ce qui fixait le commencement de son aventure au 7 avril 2019. Ensuite, il lui restait plus qu'à se rendre à l’ambassade pour obtenir un visa pour le tourisme après avoir passé un entretien. Il lui a fallu montrer ses réelles motivations, dire pourquoi il souhaitait se rendre aux États-Unis et prouver qu'il rentrera bien en France ou en tout cas qu'il sortira bien de leur territoire après le voyage. Ensuite, il a eu seulement 3 mois de préparation avant le grand départ. En fait il n’ a pas eu vraiment le temps d'une bonne préparation physique. Peut-être qu'aller courir et faire quelques balades aurait eu un impact sur la réussite de son expédition, mais l’expérience de la randonnée longue distance n’a rien à voir avec le bivouac de quelques jours. Il a dû adopter une toute nouvelle philosophie. Il a décidé de prendre son aventure comme un simple entraînement, en écoutant son corps au début et en y allant doucement. Sa première intention était de marcher progressivement les premiers jours, de ressentir son corps. Il savait que cette expérience ne serait pas une course, ni une compétition. Il n’a jamais d'ailleurs recherché la performance et de toute manière il aurait été très difficile d’anticiper ce qui allait se passer et ce que il allait vivre.

On peut se demander comment lui est venue cette idée un peu folle de partir aussi loin ?

Ce projet a germé dans son esprit bien avant son grand départ, trois ou quatre ans auparavant. A l'époque, il cherchait des idées de lecture et il est tombé par hasard sur "Wild", le livre de Cheryl Strayed. C'est l’histoire passionnante d’une femme qui est partie sur un coup de tête pour une randonnée de 1 700 km le long du Pacific Crest Trail. Il avait adoré ce bouquin et c’est aussi à ce moment-là qu'il a appris l’existence du sentier. A l'époque, il n’avait pas trouvé l’histoire si folle que cela, ni irréalisable. Sans s'en rendre compte, l’idée de se lancer dans l'aventure de cette marche longue distance s’est de suite ancrée dans sa tête. C'est en août 2018, que tout a commencé, alors qu'il buvait un verre avec une amie, il lui reparla de ce rêve qui n’était encore qu’au stade du fantasme. De nature curieuse, elle l'a poussé à lui en dire plus. Elle lui disait que ce projet serait incroyable, que ce genre d’aventure lui ressemblait tellement. Petit à petit l'idée a fait son chemin et il s'est dit que c’était possible, que tout ce dont il avait rêvé, finalement il pourrait un jour le réaliser. Ce n’est qu’une question de choix. Le lendemain cette amie lui envoya un message sur son smartphone qui disait d'une phrase très brève mais percutante : "si un appel ne cesse de faire du bruit, pas d’autre choix que de l’écouter". Il s'est alors dit "allez je me lance, pourquoi pas moi" et 6 mois plus tard il était en train de marcher sur le PCT. Avant de partir, il s'est quand même demandé s'il était vraiment capable de marcher si loin et si longtemps ? Le seul moyen de le savoir, c’était de le faire. Il avait cette envie égoïste d’aventure solitaire, de chercher ses limites physiques et mentales, de vivre de façon minimaliste. C’est vraiment quelque chose qu'il avait au fond de lui.

Le choix

 

Tu as toujours le choix, quoiqu'il arrive.

Tu es accusé d'une faute commise, tu as le choix de trouver une excuse ou d'assumer.

Une personne te fait un reproche, tu as le choix de penser que c'est con ou de demander pourquoi elle le pense.

Le monde est pessimiste, tu as le choix de mater ta télé ou d'aller te balader dans le monde.

La planète se meurt, tu as le choix d'en faire une fatalité ou de contribuer à la soigner.

Tu perds un proche, tu as le choix de te plaindre ou de l'honorer par ta joie de vivre.

Tu n'aimes pas ta vie, tu as le choix de t'en plaindre ou de changer.

Tu fais des choix, tu as le choix de laisser les autres les critiquer ou de t'en foutre de ce qu'ils pensent.

Tu as 35 ans, tu as le choix de vivre la vie du "on doit" ou de faire ce pourquoi tu es.

Tu as toujours le choix.

Julien Haass

Crédit photo : Julien Haass

Son entourage n’a pas tout de suite réalisé. Quand il en a parlé à ses parents, ils n’avaient presque pas réagi. Par amour, ils ont toujours accepté ses « folies », mais ils pensaient sans doute que ce projet était un délire de plus. Quand ils ont vu les premières images et vidéos sur les réseaux sociaux, ils ont compris que cela prenait une autre tournure et sont devenus par la suite ses premiers fans. Quant à ses amis, ils l’ont toujours soutenu. Ils ont pour la plupart compris avant lui que cette vie d’aventure était faite pour lui. C'est une chance de pouvoir compter sur le soutien et avis des personnes qui l’entourent. Ses proches ont senti qu'il s'ancrait dans cette nouvelle vie pour de bonnes raisons.

Auparavant, Julien avait une vie qu'on peut qualifier de « classique ». Il avait tout pour être heureux, mais il lui  manquait quelque chose pour trouver réellement son bonheur. Il est allé le chercher dans une vie beaucoup plus simple. Il y a 5 ans, il a décidé de vivre une nouvelle expérience et de mettre toute sa vie dans un sac pour vivre en mouvement. A l'époque, il habitait à Paris. Il était pharmacien et ne faisait que des remplacements, ce qui lui permettait d’avoir une certaine liberté dans son emploi du temps. Il n’était pas dans une vision carriériste. Il avait déjà cette volonté de construire une vie personnelle à côté de son activité professionnelle, notamment au travers de ses expériences en pleine nature. Finalement son aventure sur le PCT n'est qu'une continuité de son expérience de vie de nomade qu'il mène depuis quelques années maintenant. Julien aime être en mouvement, être itinérant, marcher. Il aime la lenteur et la simplicité de la randonnée. Il aime les rapports humains authentiques qu'il peut avoir sur le chemin. Il est inspiré dans de tels voyages seul entouré par la nature.

Crédit photo : Julien Haass

Julien est parti seul, car c'est pas vraiment évident de trouver quelqu’un pour partir se balader 5 à 6 mois et marcher plus de 4 000 kilomètres dans le grand Ouest américain. En même temps, il était aussi attiré par la solitude et il voulait s’y plonger. Il voulait se retirer un peu du monde moderne et aller à sa rencontre. La solitude agit sur lui un peu comme une thérapie. Elle balaie sa vie, lui fait remonter des souvenirs, l'amène à faire des choix, à vivre de nouvelles expériences. La solitude le met face de qui il est vraiment. Il ne peut plus fuir. Il n’y a pas de wi-fi, de téléphone, de télé ou de bruit pour s’échapper. Ce n’est pas toujours simple de faire face à soi-même, de s'écouter et savoir ce que l'on veut avec clarté et où on désire aller.

Malgré cette solitude, Julien a fait quand même quelques belles rencontres. La première s'est faite à la fin de la traversée de la Sierra, après avoir marché un mois dans la neige. Épuisé par cette première épreuve, il a été accueilli par une personne chez elle pendant 4 jours. Il est arrivé un 4 juillet. Elle lui a fait visiter la ville, elle l’a emmené voir un feu d’artifice sur le lac. Il a même eu droit à de délicieux barbecues et tous les matins à des petits déjeuners monstrueux. Il a aussi passé un mois avec un groupe de randonneurs dans la Sierra, pour assurer notamment la sécurité des traversées de rivières à fort courant. Par moment, c'est vrai qu'il pouvait y avoir des passages techniques compliqués où il risquait de se laisser entraîner et où il ne fallait surtout pas tomber. Malgré le danger perceptible, il a toujours eu la certitude que tout se passerait bien. Il ne s'est jamais vraiment senti en danger, sauf peut-être la fois où il a croisé le chemin d'un ours et d'un loup. On redoute beaucoup ces rencontres, mais d’un autre côté on l’espère aussi ! Bien sûr, pour éviter les attaques, comme on peut nous le recommander dans les guides de survie, il mettait toujours sa nourriture à l’extérieur, jamais dans la tente. La nourriture était dans des conserves conçues spécialement pour que les ours notamment ne les ouvrent pas. Il était dans un environnement sauvage qui lui a demandé beaucoup d'humilité et de simplicité.

Julien a su s'adapter rapidement à ces conditions de vie difficiles, car il est depuis de nombreuses années un adepte du minimalisme. Pour le suivre sur les réseaux sociaux, je sais qu'il n’aime pas trop ce terme devenu à la mode et du coup trop générique. Il renvoie selon lui à une notion minimale. C'est vrai, on ne cesse de voir apparaître dans la presse des articles du type « 100 objets maximum à posséder ». Pourquoi se restreindre à un nombre totalement aléatoire d’objets ? Pour une expérience on comprendrait, mais pour une vie, on peut en douter. Julien serait plus attaché au concept d’essentialisme, qui ramène à l’idée de ne posséder que l’essentiel. Pourtant, il n’a pas toujours été attiré par l'idée de ne vivre qu’avec l’essentiel. Avant dans sa vie antérieure, il possédait beaucoup de choses. Il lui est arrivé comme tout le monde d'avoir acheté compulsivement des livres pour remplir sa grande bibliothèque, déjà pleine de bouquins non lus ou encore d'avoir craqué pour un énorme canapé d’angle qui remplissait l’espace d’un appartement bien trop petit pour le contenir. Mais aujourd’hui la possession ne le définit plus. Faire l’expérience de ne vivre qu’avec l’essentiel a fait exploser toutes les couches qui encombraient son bonheur. Il considère que notre vie est comme un sac, elle a une capacité limitée de croyances et de valeurs qui nous permet de continuer à bouger, d’avancer, mais en cas de trop plein, cela peut tout aussi bien nous ralentir ou nous faire reculer. Il pense que l’on peut profiter des choses sans les posséder. Bien sûr, il possède encore de beaux objets choisis, comme son smartphone par exemple. Malgré tout, il aime l’idée que si il le perds, il lui suffirait d’appuyer sur un bouton pour en retrouver un autre à l’identique. Il ne s’attache plus à l’objet mais à sa fonction. Bref, il se comporte comme un loueur. Profiter sans posséder, c'est son ordre de marche. Aujourd'hui, peu d'objets lui paraissent indispensables. Avec sa maison sur le dos, le sac est devenu aussi le symbole de sa nouvelle vie. La légèreté le rend plus libre pour partir sur les chemins.

 

Dans son sac à dos, il a réussi a gardé seulement l'essentiel. Il n’a pas l’objectif d’avoir le plus beau matériel, le sac le plus cool, le pantalon le plus stylé. Il ne veut pas rentrer dans ce jeu d’identification. Il désire avoir simplement l’équipement qui lui permettra d’aller au bout des 4 200 kilomètres.  Il a passé des semaines à découvrir le marché du matériel technique ultra-léger, à rencontrer des spécialistes de la marche longue distance, à discuter avec des aventuriers. Au début, il était parti avec 19 kg sur le dos (eau et nourriture comprises). Il y a eu une énorme évolution entre sa lourde charge de son départ et celui de son arrivée. Il a pu vraiment s’apercevoir qu’il y avait pas mal de chose, dont il n’avait pas besoin bien qu'il les croyait indispensables lors de la préparation de son aventure. Il a fait beaucoup de compromis par rapport à son confort personnel, mais il s'est dit que le plus important est de rester à l'aise dans la marche. Il pense que la vraie liberté est aussi dans la légèreté. Cependant, le matériel dépend vraiment de chacun, de sa démarche et de ses besoins. Pour le savoir, c'est en se lançant dans l'expérience qu’on peut réellement connaître la bonne formule à appliquer. Ce n’est pas évident d’anticiper toutes ces choses d'autant plus que chacun évolue différemment durant ces mois d’errance. Même si Julien a passé beaucoup de temps sur les forums sur internet à rechercher le bon matériel, il croit qu’aujourd’hui, il vaut mieux partir avec ce que l'on a et adapter au fur et à mesure son équipement, car au bout de 2 mois seulement, il a dû changé sa tente. Il a commencé avec un sac de 60 litres et il a fini avec un sac de 38 litres. Aux Etats-Unis, ils utilisent beaucoup de matériaux en Dyneema, une fibre très légère et solide, grâce à laquelle sa nouvelle tente faisait moins de 500 gr ! Sur un trail comme le PCT, il est toujours possible de commander du matériel et de le recevoir dans les villes les plus proches. Au final, il a gardé dans son sac à dos seulement le strict minimum. Quand on marche pendant 5 mois, chaque gramme compte. Il a juste emmené de quoi dormir : un tapis en mousse et un sac de couchage, même s'il dormait le plus souvent à la belle étoile Quand ce n’était pas possible il utilisait sa tente. Il a emporté très peu de vêtements (une doudoune, une membrane de pluie, un t-shirt manche longue, un collant thermique). Il n’avait pas de slip et portait le même short pendant 5 mois. Comme autre matériel, il avait son nécessaire de toilette, une batterie portable branchée sur un panneau solaire pour recharger son smartphone, quelques ustensiles (lampe frontale, cordelettes..), son sac de nourriture avec un petit pot pour manger. Il a décidé de ne pas prendre de réchaud, pour plus de légèreté. Il mangeait froid, souvent des aliments bruts,  pour lesquels il avait juste besoin d’eau. Il s’arrêtait quand il avait faim, il n’avait pas d’horaire. Il avait souvent des barres de céréales qu'il mangeait toute la journée. Il ne faisait pas beaucoup de pauses, il ne sentait pas l’envie de rester un après-midi quelque part, il avait besoin de marcher jusqu’en fin de journée généralement vers 19h ou 20h. Il déterminait ses étapes en fonction de la nourriture qu'il pouvait porter, soit en moyenne  4 à 5 jours de réserves alimentaires. Le maximum a été 10 jours de couscous et de barres pour tenir le plus longtemps possible dans les montagnes de la Sierra. Les seules fois où il sortait de l’itinéraire, c'était pour rejoindre une route pour faire du stop et aller se ravitailler. Des fois, il prenait une douche, puis il revenait à l’endroit même où il s'était arrêté. Chaque jour, il était à la recherche des prochains points de ravitaillement, parfois sur le trail, la plupart du temps hors sentier. Difficile dans ces conditions de prévoir ou d'anticiper quoi que ce soit. Il passait les étapes les unes après les autres. Il savait en fait très peu de chose sur ce qu’il allait se passer. Aussi, il s'est rendu compte qu'il mangeait toujours la même chose et que cela lui allait très bien. Il faisait au plus simple !!!

Crédit photo : Julien Haass

C'est vrai en lisant le récit de Julien sur son compte Facebook, je découvre une personne humble et authentique, qui ne se prend pas la tête. Pourtant c'est un exploit hors norme à la fois sportif et mental qu'il vient de réaliser ! Marcher 4 500 kilomètres ou traverser toute une chaîne de montagnes enneigées aurait pu être déjà un accomplissement en soi, largement suffisant pour dire « je l'ai fait », mais l'envie de Julien était encore plus grande. Il a écouté sa petite voix intérieure qui l'a mené à ce rêve de nomadisme poussé à l’extrême, en autonomie complète en pleine nature sauvage de l’ouest américain. Mais le PCT n’est pas un rêve mais une partie de sa vie, de sa personnalité, de son être. Pour lui s’arrêter, ne plus bouger est simplement ne plus vivre. Mettre toute sa vie dans un sac, se séparer progressivement de toutes ses possessions matérielles, vivre en mouvement, plus léger, plus libre. Il a fait ce choix de vie en conscience.

Julien rêve depuis longtemps de vivre comme un nomade, sans attachement immobilier et avec le minimum de possessions matérielles, non pour devenir un individu en marge de la société, mais pour vivre une vie en mouvement. Presque tout le monde lui disait que ce serait impossible ou que ce n’était plus de son âge. Qu’à 35 ans, il devait penser plutôt à se poser et à construire autre chose. Que ce n’était pas normal de vivre comme cela. Malgré tout, il a décidé de partir à "l'aventure du moment présent". Chaque jour, il essaie de vivre au quotidien en se déconnectant de presque tout pour se reconnecter à lui-même, seul au monde. Ces moments sont pour son esprit, ce que le sommeil est pour son corps, une manière de se recharger. Plus qu'une envie, c'est un besoin. Ce n'est certainement pas une fuite. Il marche. Il erre, sans but réel, généralement dans la nature s'il le peut, en tout cas dans un endroit calme et sans bruit et surtout sans téléphone. Il a longtemps pensé que son portable le connectait au monde, pourtant plus il y passe du temps et plus il se sent en dehors de celui-ci. 

La bougeotte

 

Ce n'est pas que mouvement. ⁣⁣

La bougeotte est avant tout le rêve dans l’immobile, le retour du soi ou l’attente du nouveau. ⁣⁣

Elle prolonge l’aventure vécue, continuant à la faire exister dans un quotidien sédentarisé.

Elle devient le compagnon à qui l’on raconte encore et encore et qui jamais ne se lasse.

Anachronique, elle est le retour à l’ordinaire d’un voyage dans l’extraordinaire.

Elle est ce qui bouge en nous et ce qui nous fera bouger. ⁣⁣

Elle est le moteur du prochain pas. Celui qui nous guidera une nouvelle fois vers l’inconnu, dehors, ailleurs. Elle est le creux de la vague qui bientôt nous bousculera. Elle est fantasme, illusions et allusions. ⁣⁣

Elle est cette peur qui nous maintient dans le connu tout en étant la force qui fera de nous à nouveau un débutant. ⁣⁣

Elle est merveille et le cadre qui nous redonne des yeux d’enfants. ⁣⁣

 

Julien Haass

Pour Julien, la liberté, c'est d'avoir le choix de sa vie. Il prend sa décision chaque matin, ce n'est pas une direction unique et immuable. Pour lui, dans sa liberté il n'y a pas de dépendance, mais bien une responsabilité. Longtemps, il définissait la liberté comme la possibilité de "faire ce qu'il voulait, quand il le voulait". Il a fait des erreurs, il le reconnaît lui-même. Son premier réflexe a souvent été dicté par la voie de la facilité. Il appartient à un monde, à une génération où tout est accessible tout de suite, sans effort, avec tous ces supermarchés, ces fast-foods, l'e-commerce, mais au fil du temps et des expériences il a compris que cette solution de facilité n'était pas toujours la meilleure des options. Plus jeune, il n'avait pas saisi que la liberté impliquait souvent la responsabilité. Il l'a compris bien plus tard. Comment pouvait-il être libre en étant dépendant ? Il s'était trompé de chemin. Aujourd'hui, liberté et responsabilité sont indissociables pour lui. Il décide d'être responsable de sa vie, de ses choix. Il ne choisit plus la facilité, si elle lui impose une dépendance. Désormais, il se sent vraiment libre, quand il a le sentiment de ne rien devoir à quiconque. Il décide de ne plus faire un travail qui ne lui plaît pas, juste pour la valeur de l'argent facile. Dans nos pays occidentaux, notamment en France où le mot liberté est tissé sur notre drapeau, ce concept n'est pas si évident. Nous vivons en sécurité d'accord, mais sommes nous réellement libres ? Comment être libre si l'on est dépendant des gens, d'un matériel ou d'un système ? Apprendre à ne dépendre que de soi-même, matériellement et intellectuellement est la première étape pour retrouver une vraie liberté, mais ce n'est pas toujours le cas dans un pays comme le nôtre. Oui, il y a bien écrit liberté sur notre drapeau, mais cette liberté liée aux droits de l'homme est bien différente de la liberté individuelle. Nous vivons dans un pays où l'assistanat déresponsabilise parfois beaucoup de gens. Plus il y a d'aides et plus il y a de contrôle aussi, c'est à double tranchant. Il y a par voie de conséquence une perte de liberté individuelle. La quête de liberté de Julien est d'aller à l'encontre de ce système d'assistanat qui nous rend dépendant d'un système, de gens ou de biens. La liberté compte beaucoup pour lui. Elle est sa principale valeur et la raison de la plupart de ses choix. Il la gagne au moment où il pose un pied sur le PCT. Quand il s'engage à 100 % dans ses rêves et qu'il fait ce qu'il faut pour les mettre en mouvement, alors il est déjà en chemin. Son aventure commence quand il ferme la porte de chez lui et non pas quand l’avion atterrit. Aventure... Adventura... signifie "ce qui doit arriver". C'est un sort, un jeu du destin. Pour cela, il suffit d’être dehors et de lancer les dés de la chance sans savoir si le  ticket est gagnant. Il faut alors changer de chemin, trouver une nouvelle route, pour rentrer ou repartir. 

Pour Julien, l'écriture est une façon de vivre et de poursuivre l'aventure. A la base, il avait créé sa page facebook comme un lieu pour vider son cerveau. Il ressent le besoin d'écrire, de partager ce qu'il vit et ce qui se passe dans sa tête, mais il hésite tout autant à le faire, à partager sa vulnérabilité et ses doutes. Avant son départ pour le Pacific Crest Trail, il n’arrivait plus à sortir de publication. Il le voulait mais il n’y parvenait pas. Il noircissait de son stylo à bille chaque jour des pages et des pages, mais l’inspiration lui manquait. Il a ressenti soudainement le besoin d’incarner ce qu'il écrivait, de le vivre et de le ressentir. Or à ce moment là, il avait perdu le mouvement. Il était sorti du moment. Des projections, des histoires il n’en manquait pourtant pas. Cependant, elles n'ont rempli que des feuilles blanches. Depuis qu'il a fait le choix de se remettre en mouvement et de mettre toute sa vie dans un sac, l'inspiration lui est revenue pour partager avec ceux qui le suivent l'idée de l'instant. Sa page Facebook n’était pas finalement pas seulement un lieu pour donner des conseils, partager ses astuces, ses peurs, ses envies ou ses joies. Elle fait partie de lui, de l’expérimentation de son être authentique et libre. Dans son site internet, il a voulu créer un espace d'expression ouvert à tous. ⁣⁣Il souhaite y partager l’errance comme il la connait et surtout comme il la vit. Il va essayer de raconter la marche, sa marche celle qui fait flâner, bouger ou traverser un continent. Il plongera en profondeur dans tout ce que la bougeotte lui fait vivre et penser. Il racontera aussi ses petites histoires personnelles, celles qu'il vit et celles qu'il imagine dans de courtes nouvelles.

 

Julien a décidé de quitter les réseaux sociaux, mais on peut le retrouver sur son site internet www.julesalabougeotte.fr ⁣⁣​

En guise de conclusion, la citation de Victor Hugo illustre bien la démarche de Julien Haass :

"tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité".

A méditer...

 

Buen camino :-)

 

Lionel de Compostelle

(instagram, facebook, twitter, youtube, pinterest)

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